Qui est l’Abbé Pierre ?

Qui est l’Abbé Pierre, Fondateur du Mouvement Emmaüs ?

Précurseur, abbé bouillant à l’humanité incroyable, saint de notre époque, combattant de rue, image du catholicisme social… des personnalités de tous bords saluent l’action de celui qui porta l’espérance des plus démunis pendant plus d’un demi-siècle.

Boris Cyrulnik psychanalyste
« L’homme de la résilience »

Il n’accablait ni ne culpabilisait personne, mais il offrait des solutions. Il a su faire confiance à ses compagnons, considérant que chacun d’entre eux, quel que soit son passé ou ses blessures, était capable de donner même le peu qu’il avait. En ce sens, on peut dire que l’abbé Pierre fut l’homme de la résilience. Avec lui, aucune cause, aucun être humain n’était jamais perdu.

 

Dominique Wiel prêtre ouvrier à Outreau
« Il me rend fier d’être catho»

Je me souviens des ramassages de ferrailles dans la cour du collège, à Béthune, quand j’étais gamin, en 1954. J’y ai participé avec l’ardeur de mes 17ans. C’était extraordinaire, tout le monde était mobilisé. Je ne savais pas encore que je deviendrai prêtre, mais j’ai été touché par ce curé bouillant. Il a dû connaître une sorte de révélation. Pas eu une apparition, mais une indignation face à la pauvreté. Ensuite, il a pas pu s’empêcher d’aller au bout, en entraînant du monde avec lui. Car sans les chiffonniers d’Emmaüs, il n’aurait pas fait tout ce qu’il a fait. Ce serait une connerie de le mettre sur un piedestal. On essaierait de gommer ses faiblesses, d’oublier son faux pas quand il a soutenu l’écrivain Garaudi. Quoi qu’il en soit, il me rend fière d’être catho.

Albert Jacquard généticien, soutien de Droit au logement
« Lui, il savait voir »

Devant la misère, on est tous aveugle; on s’arrange pour ne pas regarder. Mais lui, il savait voir. Mieux : au lieu de déplorer, il agissait. Alors certains lui reprochent son côté médiatique : pour ma part, je préfère voir l’abbé Pierre utiliser la télé, plutôt que Patrick Le Lay (PDG de TF1, qui admet vendre du «temps de cerveau disponible»). Si aujourd’hui, le Parlement reconnaît le «droit au logement», si ce dernier fait reculer le droit de propriété, c’est au fond un coup de l’abbé! C’est son héritage. Sinon, sa mort, il m’en a encore parlé il y un mois: pour lui, ce devait être une rencontre formidable – LA rencontre.

Stéphane Hessel ex ambassadeur de France à l’ONU
« Une humanité incroyable »

Je me souviens de lui au moment de la mobilisation pour les sans-papiers de l’église Saint-Bernard à Paris, il y a dix ans. Mon épouse et moi y étions très investis. L’abbé Pierre venait nous voir à l’église, il nous encourageait formidablement. Chacun de ses gestes laissait percevoir une humanité incroyable. C’est en grande partie grâce à lui si aujourd’hui le logement figure dans tous les programmes politiques des candidats à la présidentielle, si la mobilisation civique est importante. Par un concours de circonstances, il nous quitte au moment où son message est présent dans tous les esprits.


Rony Brauman président de la fondation MSF
« Une image du catholicisme social »

J’avais beaucoup de respect pour l’abbé Pierre. Son charisme, sa rhétorique très élégante et convaincante m’ont frappé. Ce fut la première utilisation des médias au service d’un objectif de solidarité. C’était un précurseur. Il avait la capacité de s’adresser à la société dans son ensemble et pas seulement à un public spécifique. C’était une voix, une silhouette, une façon d’être très particulière, une figure à part. Il laisse une image du catholicisme social absolument essentielle : un catholicisme audacieux, obstiné, sachant faire avec la société telle qu’elle fonctionne. Pourtant, l’affaire Garaudy m’a heurté. J’y ai vu un refus obstiné et mal placé de rompre une amitié ancienne. Cela reste une tâche.

Cardinal Lustiger, archevêque émérite de Paris
« Il représentait l’espérance»

J’ai présent, dans la mémoire et dans le cœur, la première apparition de l’abbé Pierre. C’était en 1954. À cette époque, la figure de saint Vincent de Paul était redevenue célèbre à travers le film interprété par Pierre Frenay. Quand l’abbé Pierre est apparu, c’était comme si saint Vincent de Paul surgissait à nouveau dans le présent. Ce personnage qu’il a peut-être intuitivement endossé ne l’a jamais quitté. Après les années de la Résistance et de la vie politique, il a été saisi par cette mission auprès des pauvres. Pour les Français, il représentait cette part d’eux-mêmes qui est marquée par l’amour des pauvres, l’espérance de la justice, le témoignage de l’Évangile.

 

 

 

«Il fut un cri permanent»

L’abbé Pierre prouve qu’une voix intransigeante, inspirée, obstinée peut être entendue et faire bouger les choses. De 1954 à aujourd’hui il a été une épine dans le confort de notre vie quotidienne. Il a tout le temps crié pour dire «n’oubliez pas!». Ce cri permanent, il l’a imposé dans une société où la voix du témoin est ensevelie. Il est l’image du chrétien fidèle à l’essentiel du christianisme, par la pauvreté, le refus de l’institution, la marge et le témoignage. On a tous un lien personnel avec l’abbé Pierre. Parce qu’on reconnaît toujours en lui celui qui met sa vie en jeu et s’avance dans la nudité du témoin, celui dont la vie se brûle autour d’un thème essentiel.


André Comte-Sponville, philosophe
«N’utilisons pas ce saint pour discréditer les politiques»

J’ai une profonde admiration pour l’abbé Pierre qui est l’un des rares saints de notre époque, mais je suis parfois agacé par l’usage qui est fait de son image. Je trouve que l’on a trop souvent tendance à l’utiliser pour discréditer les hommes politiques en confondant morale et politique. J’espère qu’en ces temps de campagne électorale, nous célèbrerons dignement la mémoire de l’abbé Pierre, sans en profiter pour redonner un coup sur Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et tous les autres. On ne demande pas aux politiques d’être généreux en donnant aux pauvres, mais de bien utiliser l’argent des citoyens qui n’est pas le leurs.

Agnès b Styliste
«L’Église telle qu’elle devrait être»

Je répondais toujours présente quand il m’appelait : au salon Emmaüs chaque année à Paris, comme sur ses actions internationales. Nous avions créé des T-shirts «Vive l’Afrique» pour son travail au Bénin. L’abbé, c’est pour moi l’Église comme elle devrait être : ouverte, tolérante et généreuse.

Jean-Marie Petitclerc salésien de Don Bosco
«Les trois dimensions de la charité»

Lorsque les chrétiens vivent réellement l’Évangile, ils continuent de parler au grand public, notamment aux jeunes. L’abbé Pierre a su incarner les trois dimensions de la charité. Lorsqu’un SDF frappe à sa porte, on lui donne à manger. Puis, on essaye d’aller au-delà d’une action ponctuelle, en proposant une aide durable. Lui a créé les compagnons d’Emmaüs pour permettre aux exclus de se réinsérer. Mais assez rapidement, on se rend compte de la nécessité de donner une dimension politique à la charité. Lui a tenté de combattre pour les droits des exclus, en obtenant notamment le érémi.

 

Jean Vanier fondateur de la communauté de l’arche
«Il incarnait une profonde bonté»

Si l’abbé Pierre demeure l’une des personnes les plus populaires, c’est qu’il incarnait pour le grand public une profonde bonté, comme le signe visible de la présence de Dieu. Que l’on soit chrétien ou athée, que l’on vote Front national ou Arlette Laguiller, de nombreuses personnes ont été touchées par cette immense bonté, qui leur parlait bien au-delà des actions concrètes. L’abbé Pierre s’est engagé en politique dans les années 50 mais il a très tôt senti que les plus pauvres, et plus largement le peuple, avaient besoin de cette bonté. Il révèle cette attente toujours présente dans le cœur des hommes.

Serge Moati cinéaste
« Une voix irremplaçable»

Je ne veux pas être plus ému qu’il ne doit l’être. En mourant, l’abbé Pierre s’en est allé vers une rencontre décisive pour lui, une rencontre avec un ami. Sa disparition, c’est une volonté en moins parmi nous.

er le monde. C’est pour cela que nous sommes ici, rassemblés à Nairobi. Je suis très heureux que ce Forum social mondial se tienne en Afrique: c’est le continent crucifié du monde, c’est là qu’il y a le plus de sans toit, de sans domicile. Pour l’abbé Pierre, ce forum en Afrique était sûrement une bonne nouvelle.

Marie Chaudey journaliste à la vie
«Maintenant, il va falloir devenir grands»

Adieu l’abbé, te voici donc enfin «en grandes vacances» près du bon Dieu, toi qui te disais si impatient de le retrouver. Mais nous, nous avions fini par te croire éternel, assis silencieux dans ta petite maison d’Alfortville, à prier et toujours prêt à tempêter encore contre la mollesse et l’indifférence de nos sociétés aux injustices les plus criantes. À chaque visite, ta vieille carcasse nous apparaissait plus affaiblie, et tu en rajoutais, pour nous faire pencher plus près de ton oreille. Mais dans ton regard, toujours la même colère et la même force impérieuse. Ta main tremblait pour écrire cette lettre à Monsieur et Madame tout le monde qui allait interpeller dans les pages de La Vie tous ceux qui ont un toit sur leurs têtes. Mais quelle rage dans ces quelques lignes. À la sortie de ta maison, nous nous retrouvions toujours sonnés sur le trottoir, à nous demander comment servir au mieux la pertinence de ton discours. Adieu l’abbé, nous sommes aujourd’hui orphelins, comme des millions d’exclus qui perdent un immense apôtre, comme des millions «d’inclus» qui comptaient sur tes indignations pour mieux agir. Il va nous falloir désormais devenir grands.

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